La Russie a également décidé de ne plus accorder de visas aux «représentants officiels» britanniques tant qu’elle n’aura pas reçu d’ «éclaircissements» sur les mesures de rétorsion en préparation à Londres dans ce domaine. En retour, les «représentants officiels russes» ne se rendront plus en Grande-Bretagne. Kamynine a, par ailleurs, annoncé la suspension de la «coopération antiterroriste entre la Russie et la Grande-Bretagne».

«Russophobe».  Moscou, qui mène sa propre enquête, considère Lougovoï comme un simple suspect et rejette la demande britannique au motif que sa Constitution interdit l’extradition de citoyens russes. A la télévision, étroi¬tement contrôlée par le Kremlin, Andreï Lougovoï se présente comme une victime des services secrets britanniques. La quasi-totalité des partis politiques russes jugent totalement injustifiée son éventuelle extradition. Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, confiait à Libération son étonnement devant la «campagne russophobe» déclenchée, selon lui, depuis plusieurs mois par les médias européens.

Depuis plusieurs années, les relations entre Londres et Moscou se dégradent. Le Kremlin reproche à la Grande-Bretagne sa participation à la guerre en Irak, mais plus ¬encore l’asile politique accordé à une vingtaine de personnalités, dont deux adversaires résolus de Poutine : le Tchétchène Akhmad Zakaïev et l’oligarque russe Boris Berezovski.

Ce dernier, accusé d’escroquerie et de blanchiment d’argent par Moscou, était un proche d’Alexandre Litvinenko. Il ne manque jamais une occasion de critiquer violemment le président russe, qu’il accuse notamment d’être derrière les attentats qui, en 1999, avaient fait près de 300 morts et qui avaient servi d’alibi à la seconde guerre en Tchétchénie.

«Complots».  Pour ne rien arranger, une nouvelle tentative d’assassinat sur le sol britannique s’ajoute à l’empoisonnement de Litvinenko. Mercredi, Scotland Yard a confirmé qu’un projet d’élimination de Boris Berezovski avait été déjoué le mois dernier, alors même que Tony Blair et Vladimir Poutine menaient des négociations tendues dans le cadre du G8 en Allemagne. La police britannique avait alors interpellé puis maintenu en détention quarante-huit heures un citoyen russe suspecté de préparer l’assassinat de l’oligarque, avant de l’expulser.

Boris Berezovski, qui vit en exil à Londres depuis que son empire médiatique et financier a été anéanti par le Kremlin à la suite de l’arrivée au pouvoir de l’actuel chef de l’Etat, a lancé mercredi : «Poutine est personnellement derrière ces complots contre Litvinenko et moi.» Fin mai, Lougovoï avait pour sa part accusé Berezovski et les services secrets britanniques d’avoir éliminé Litvinenko. La guerre froide des mots a de beaux jours devant elle.

Source: liberation.fr