Les réfugiés quittaient le camp, où vivent quelque 31.000 personnes, à la faveur d'une "trêve unilatérale" décrétée par le groupe extrémiste Fatah al-Islam, a précisé Hajj Rifaat, du mouvement Fatah du président Mahmoud Abbas. Le camp de Baddaoui sera rapidement "débordé" car "le flux des évadés se poursuit à un rythme accéléré", a-t-il averti.

Des centaines de réfugiés ont également pris le chemin de Tripoli, la grande ville voisine, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Quelques heures plus tôt, un premier conjoint humanitaire a réussi à entrer dans le camp mais a été visé par des tirs qui ont tué deux civils palestiniens, selon Hoda Samra, porte-parole de l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa).

Le convoi a réussi à livrer vivres et médicaments mais a dû rebrousser chemin sans décharger d'eau, a-t-elle ajouté. "Nous tenterons d'apporter de l'aide supplémentaire demain. Ces gens comptent sur nous, ils sont sans eau, électricité ou téléphone et commencent à manquer de nourriture et de médicaments".

Médecins et responsables palestiniens avaient tiré la sonnette d'alarme sur la situation humanitaire à Nahr al-Bared, assiégé et bombardé pendant trois jours par l'armée pour en déloger les combattants islamistes. La troupe ne peut pénétrer dans le camp.

L'aide humanitaire est arrivée après que Fatah al-Islam s'est dit "prêt à respecter un cessez-le-feu" à partir de 11H30 GMT.

La trêve semblait respectée en soirée. "Le calme règne dans le périmètre du camp. Il n'y a pas eu de tirs sur nos soldats", a dit un porte-parole de l'armée.

"Nos hommes respectent le cessez-le-feu et les soldats libanais aussi", a indiqué un porte-parole du Fatah al-Islam.
Au moment où cette trêve entrait en vigueur, un membre du Fatah al-Islam s'est cependant fait exploser lors d'un raid à Tripoli, où les combats avaient éclaté dimanche. Au total 30 soldats, 18 islamistes, 19 réfugiés palestiniens et un civil libanais y ont péri.

Le Fatah al-Islam, composé de Palestiniens, de Libanais, Syriens et autres ressortissants arabes, s'était installé fin 2006 à Nahr al-Bared, proche de la frontière syrienne. Le groupe sunnite extrémiste est accusé d'être l'outil des renseignement syriens dans une tentative de déstabilisation du Liban, et d'être proche du réseau Al-Qaïda.

Face au siège et au bombardement du camp, Fatah al-Islam avait menacé de porter ses attaques hors de Tripoli. Deux attentats ont d'ailleurs frappé Beyrouth mais le groupe a démenti une revendication qui lui a été attribuée.

Cette flambée de violence a soulevé de nouvelles craintes sur la stabilité du Liban, enlisé dans une crise politique liée au projet de tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri, l'ex-Premier ministre tué en 2005 dans un attentat pour lequel la Syrie a été soupçonnée.

Le chef druze libanais Walid Joumblatt a accusé Damas, ex-puissance tutélaire, d'être derrière les violences. Fatah Al-Islam est "un gang terroriste que nous a envoyé la Syrie", qui est "mécontente" du projet de tribunal, a-t-il dit.

La Syrie, par la voix de son chef de la diplomatie Walid Mouallem, a démenti tout lien avec ce groupe et réaffirmé son hostilité à la création du tribunal.

Washington, qui envisage une aide militaire d'urgence de 30 millions de dollars au gouvernement de Fouad Siniora, a averti qu'elle ne "tolèrerait aucune tentative" de Damas pour empêcher la création du tribunal. Et son ambassadeur à l'ONU a affirmé que les violences ne décourageraient pas le Conseil de sécurité d'agir pour imposer sa mise en place.

Le président français Nicolas Sarkozy s'est aussi dit déterminé à "accélérer les efforts" en vue de créer le tribunal.

Source : news.fr.msn.com